servir du vin aux enfants

Pourquoi servait-on du vin aux enfants dans les cantines françaises jusqu’en 1956 ?

Difficile à imaginer aujourd’hui, à l’heure où le Dry January et les campagnes de prévention contre l’alcool se multiplient : jusque dans les années 1950, des enfants pouvaient boire du vin… à la cantine scolaire. Il aura fallu attendre 1956 pour que cette pratique soit interdite en France, marquant un tournant dans la relation entre la société et l’alcool.

Du vin à la cantine : une pratique banalisée

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Jusqu’en 1956, les élèves de moins de 14 ans pouvaient se voir servir un verre de vin coupé d’eau avec leur repas à l’école. À l’époque, on considérait qu’il s’agissait d’une boisson « nourrissante » et qu’elle donnait de la force, au même titre que la viande. Comme le rappelle Bernard Basset, docteur en santé publique, « on pensait que seules les fortes consommations étaient dommageables ».

Dans les lycées, il faudra attendre 1981 pour que la règle change définitivement. Une circulaire du gouvernement de François Mitterrand précise alors clairement : « L’eau est la seule boisson hygiénique recommandable à table. »

Un symbole de virilité et de passage à l’âge adulte

Le vin n’était pas seulement perçu comme une boisson, mais comme un rite initiatique. Selon le sociologue Patrice Duchemin, boire du vin marquait la virilité et l’entrée dans le monde des adultes. « Un vrai homme est un homme qui boit », explique-t-il, rappelant que l’abstinence pouvait même éveiller la suspicion à l’époque.

Ce rôle symbolique se retrouvait aussi dans la religion : lors de la première communion, les jeunes garçons buvaient du vin de messe, geste marquant leur passage à une nouvelle étape de leur vie spirituelle et sociale.

Une décision aussi économique que sanitaire

Si le vin est resté si longtemps sur les tables des cantines, c’est aussi pour des raisons économiques. Dans les régions viticoles, sa consommation par les enfants relevait presque d’un « devoir » collectif. Plus une région produisait de vin, plus les habitants étaient incités à en boire dès le plus jeune âge.

C’est seulement en 1954 que Pierre Mendès France, alors président du Conseil, décide de s’attaquer à l’alcoolisme en créant un comité national de lutte. Deux ans plus tard, il remplace le verre de vin à la cantine par… un verre de lait sucré. Une mesure accueillie fraîchement : certains y ont vu une manière de soutenir une industrie laitière fragilisée après la guerre.

Une rupture culturelle

Depuis 2009, la vente d’alcool aux mineurs est interdite en France. Mais il faut se rappeler que dans les années 1950, la consommation de vin par les enfants faisait partie d’un quotidien banal, voire valorisé. Aujourd’hui, le vin a pris un autre chemin : celui d’un produit de dégustation, sophistiqué et associé aux classes sociales supérieures.

En quelques décennies, on est donc passé d’un verre de rouge servi à table pour « donner des forces » à une politique de santé publique qui insiste sur les dangers de l’alcool, même à faibles doses. Une révolution culturelle, mais aussi un rappel : ce qui nous semble impensable aujourd’hui était hier encore une norme sociale.

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Axel Lioran

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