À l’heure où près de 800 millions de personnes consultent ChatGPT au moins une fois par semaine, et 15,5 millions y sont abonnés, l’IA s’installe dans notre quotidien. Une récente étude préliminaire du MIT Media Lab, dirigée par la chercheuse Nataliya Kosmyna, attire toutefois l’attention sur un risque insoupçonné : une utilisation intensive de l’IA pourrait réduire nos capacités au « niveau neuronal, linguistique et comportemental ».
Des déficits au niveau de l’attention, de la planification et de la mémoire
Pour évaluer ces effets, 54 volontaires de 18 à 39 ans, issus de divers horizons, ont été invités à rédiger trois essais, certains en faisant systématiquement appel à ChatGPT, d’autres non. Quatre mois plus tard, le protocole était repris : pendant l’expérience, chaque participant portait un masque mesurant son activité cérébrale.
Les résultats révèlent une baisse marquée des zones liées à l’attention, à la planification et à la mémoire chez ceux qui s’étaient appuyés sur l’IA à chaque rédaction. Quelques instants après la remise des travaux, beaucoup peinaient à se souvenir des idées développées. Bien que les textes générés aient obtenu de bonnes notes, ils se sont avérés plus stéréotypés et lisses que ceux du groupe « classique ». Les auteurs précisent toutefois que, déposée sur Arxiv en juin 2025, cette recherche n’a pas encore été validée par la communauté scientifique, et doit donc être considérée avec prudence.
De l’importance d’être actif
Sans aller jusqu’à ChatGPT, l’usage d’Internet influe déjà sur le cerveau. Comme le souligne Hélène Amieva, Professeure des Universités en Psychogérontologie à Bordeaux et membre de l’Observatoire B2V des Mémoires, la différence entre un internaute passif et actif est capitale :
- Un surf passif équivaut à un « ennui sophistiqué », sans stimulation réelle.
- Une navigation active, en quête de réponses et de nouveaux questionnements, favorise l’éveil cognitif.
Pourtant, la facilité procurée par les réseaux sociaux et les chatbots peut entraîner une paresse cérébrale, rendant la concentration au-delà de quinze minutes difficile. À force de recourir systématiquement à une réponse toute faite, l’entraînement naturel de la mémoire et de l’esprit critique se relâche, comme l’alerte la Professeure Amieva.

