Un souffle. C’est tout ce qu’il faudrait, un jour peut-être, pour détecter un problème de santé bien avant qu’il ne se manifeste par des symptômes visibles. Ce qui semble tout droit sorti d’un roman de science-fiction pourrait bien devenir une réalité… grâce à la technologie. Une équipe de chercheurs américains vient en effet de franchir un cap important : ils ont mis au point un prototype capable de lire dans notre haleine comme dans un livre ouvert.
Et si votre souffle devenait un outil de diagnostic ?
On connaissait l’éthylotest pour vérifier un taux d’alcoolémie. Désormais, il faudra peut-être s’habituer à une version bien plus sophistiquée. Le dispositif s’appelle ABLE (Airborne Biomarker Locator Engine), et son principe est aussi ingénieux qu’intuitif : capter dans l’air expiré ces microsubstances invisibles à l’œil nu, qui en disent long sur notre état de santé.
Car notre souffle est loin d’être anodin. Il contient des centaines de composés organiques volatils (COV), que le corps émet naturellement. Certains sont bénins, d’autres peuvent trahir la présence de maladies comme le diabète, l’asthme, ou même certains cancers. Le défi ? Ces molécules sont si légères qu’il faut une technologie de précision pour les identifier.
Comment ABLE capture la santé dans l’air
ABLE fonctionne comme un petit laboratoire de poche. Il commence par aspirer l’air expiré, puis l’humidifie pour y concentrer la vapeur d’eau. Ensuite, il le refroidit afin de condenser les molécules en fines gouttelettes. En quelques minutes, celles-ci sont collectées dans une mini-cuve, prêtes à être analysées, un peu comme on testerait la glycémie avec une bandelette.
En 15 minutes à peine, ABLE peut obtenir un échantillon d’environ 1 ml. Et tout cela dans un appareil qui tient dans un format de 10 x 20 cm, avec un coût de fabrication inférieur à 200 dollars. Autrement dit : un outil potentiellement accessible et transportable.
Des promesses concrètes pour une médecine moins invasive
Les premiers résultats sont prometteurs. Dans ses essais, le dispositif a détecté du glucose dans l’haleine, une avancée majeure pour les personnes diabétiques. Mieux encore, il a pu différencier des biomarqueurs liés à l’inflammation, observés chez des souris porteuses de microbiotes humains.
Et ce n’est pas tout : l’appareil a également détecté des éléments extérieurs comme du pollen ou des traces de bactéries E. coli, ouvrant la voie à un usage comme capteur environnemental. On pourrait donc non seulement diagnostiquer certaines maladies, mais aussi mesurer la qualité de l’air dans des lieux sensibles : hôpitaux, crèches, transports en commun…
Des défis à relever, mais un futur très proche
Évidemment, ABLE n’en est qu’à ses balbutiements. Il reste à établir un véritable répertoire des biomarqueurs, capable d’associer chaque molécule à une pathologie précise. Les essais cliniques en cours visent à valider son usage dans des contextes variés, notamment les maladies chroniques inflammatoires.
Les chercheurs espèrent encore miniaturiser l’outil pour qu’il tienne dans la paume d’une main. L’objectif ? Le rendre utilisable à domicile, dans les cabinets médicaux, voire dans des situations d’urgence, comme les zones isolées ou les hôpitaux de campagne.

